Coup de colère d’un expulsable en puissance
Jeudi soir, le 07 février 2008, j’ai regardé " Envoyé spécial " sur France 2.
La manière dont j’ai vu les choses est la suivante : pour moi, c’est l’humiliation, c’est inhumain, on continue de subir.
L’Europe est bien ingrate d’exiger de nous des visas !
On a été colonisés par les Français,
On a défendu les couleurs françaises,
On a participé à la reconstruction de la France,
Cette France qui puise dans les ressources de l’Afrique, actionnaire de tout en Afrique,
Cette France là qui ne veut pas de nous en France et expulse les Africains vers l’Afrique !
J’accuse les Européens d’être contre le développement de l’Afrique,
J’accuse les dirigeants africains d’être aussi responsables de tout cela : dirigeants africains, vous qui êtes aveugles et sourds, il est temps d’ouvrir les yeux. Soyez courageux , honnêtes et travailleurs, investissez, faites-nous travailler !
Pour moi, chaque siècle a son temps : après celui de l’esclavage et de la colonisation, voici celui de l’expulsion.
Quelqu’un qui n’a ni volé ni agressé,
Qui est là pour travailler,
Je trouve injuste de l’expulser.
K. KOR
Témoignage envoyé sur le blog
Paroles d' une étoile
"Je suis une femme, une jeune femme qui n'a plus d'âge ni de pays.
Je n'ai pas de nom ; je n'existe pas aux yeux de la loi.
Avant je pouvais traverser au feu vert, circuler librement comme les autres. Mais aujourd'hui je ne peux plus, je suis complètement coincée, comme face à un feu rouge. J'ai peur de bouger car aujourd'hui tout nous est interdit.
Nous sommes en France depuis 2 ans et 9 mois. Je suis arrivée avec mon mari en 2005 pour des raisons politiques, nous sommes demandeurs d'asile.
Nous sommes ce qu'on appelle des "sans papiers". Nous sommes passés par toutes les étapes : OFPRA, CRR et., ce sont eux qui s'occupent des dossiers des immigrants et qui considèrent et jugent si nous pouvons rester en France. Jusqu'à ce jour, toutes les réponses ont été négatives et les conséquences désagréables. La Préfecture ne veut plus nous fournir d'identité et nous n'avons plus aucune autorisation.
Etre sans papiers, c'est aussi être sans abri et sans argent. Nous avons toujours peur de contrôles imprévus, des flics et du gouvernement de Sarkozy. Nous galèrons dans cette vie depuis 6 mois et demi.
Au début de l'hiver, mon mari dormait dans sa voiture malgré le froid. Moi j'étais hébergée à l'internat du lycée où je suis scolarisée. Je me sentais très égoïste, cette situation était inimaginable, ça me fait toujours pleurer dans mon cœur. Nous sommes des êtres humains, nous ne sommes pas des sacs poubelles prêts à jeter !
Heureusement nous avons rencontré des gens qui n'étaient pas racistes, ni méchants. Ils ont accepté de nous accueillir et de nous héberger chez eux pour une période provisoire. Ils se lèvent même parfois à 5 H du matin pour ceux qui vont être expulsés du centre de rétention. Nous aussi, nous sommes allés là-bas, mais à l'intérieur :
C'était très dur de rester derrière ces grilles totalement enclavées. Il y avait une soixantaine de personnes dont deux femmes. C'est une autre vie là-bas, c'est une prison. Les bâtiments sont pleins, l'odeur des draps et des couvertures est désagréable, il faut dormir dans un coin pourri et froid mais le pire c'est le manque d'intimité pour la toilette, la porte ne ferme pas.
Au déjeuner un midi, les retenus se sont battus entre eux et avec les gardiens, il y avait beaucoup de bruit dans la cantine. Le regard froid des retenus exprimait leur agressivité et à chaque fois ça me coupait l'appétit. Je n'ai pas mangé pendant trois jours, je ne buvais que de l'eau, ça me suffisait..
Nous avions toujours l'impression que les gendarmes s'amusaient beaucoup à regarder les familles séparées et les retenus qui pleuraient en racontant leur chagrin.
Au bout de trois jours au CRA, nous avons été libérés grâce à l'erreur du Procureur. On pensait que c'était la chance ou peut-être un cadeau de Dieu ?
Nous voulons tout simplement VIVRE COMME LES AUTRES, rien à ajouter à part ça.
C'est mon mari qui réussit, depuis toujours, à me faire oublier ce dégoût de la façon dont nous traite la France. En arrivant ici, nous avions plein d'espoir, des projets et des rêves à réaliser. Toutes ces épreuves ont soudé notre couple.
Je ne peux pas faire venir une fée avec une baguette magique alors nous voudrions seulement remercier du fonds du cœur les gens qui nous soutiennent et nous offrent des coins bien chauds pour dormir et manger tranquilles.
Juste merci d'être les étoiles sur notre chemin...".
Sviézda B.